lundi 1 février 2010

La Quintessence du Flux - 2

Mes billets de sélection de liens de la semaine écoulée adoptent un nouveau nom. Tout trouvé.

Un puits de carbone qui participe… au réchauffement du climat

Jusqu'ici les choses étaient simples : détruire une forêt était un acte odieux contre l'environnement qui favorisait par ailleurs le réchauffement climatique. Les forêts absorbant du dioxyde de carbone, elles font partie de ce que l'on appelle les "puits de carbone", réservoirs naturels qui jouent un rôle très important dans la stabilité climatique. Mais voilà, il semblerait que dans les milieux désertiques lesdites forêts favorisent le réchauffement climatique, plutôt que l'inverse... Oui, il ne faut pas oublier que la climatologie est une science jeune qui a encore beaucoup de progrès à faire, et qui en fait heureusement tous les ans. Parfois, elle redécouvre aussi des choses qu'elle n'aurait jamais dû oublier : comme le fait que l'eau soit le principal gaz à effet de serre présent dans l'atmosphère terrestre.

Une vie après l'Homme

De son nom original anglophone, "Life After People" est un documentaire un peu particulier : il tente d'esquisser la façon dont la vie sur Terre pourrait évoluer si l'espèce humaine venait à disparaître, et prend un malin plaisir à nous montrer avec quelle rapidité la totalité des constructions humaines seraient détruites et englouties par la Nature. Fascinant.

Patrice Point, ou le drame discret de la mort d'un flic

Il est de bon ton de nos jours de taper sur les journalistes. Accusés de tous les maux : copinage, manipulation, mensonge, approximation, etc. Je suis enclin bien souvent à prendre leur défense. Car ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Leur travail, nécessaire pour la démocratie pourtant, étant de plus bien moins rémunéré et considéré qu'auparavant. Mais parfois, leur traitement d'une information est tellement bâclé qu'il est indispensable de remettre les pendules à l'heure.

Cambodge 1975: l'affaire de l'ambassade de France est relancée

L'histoire de cette traîtrise de la France qui a eu lieu il y a 35 ans maintenant lors de la prise du pouvoir des Khmers Rouges au Cambodge, je ne l'ai découvert qu'en regardant le film "La déchirure" sorti en 1984. Où comment la France a sacrifié en toute connaissance de cause des vies humaines, y compris celles d'enfants, aux barbares communistes maoïstes en échange de la sécurité de ses concitoyens réfugiés au sein de l'ambassade. Il est bon de faire resurgir du passé de telles histoires de temps en temps.

Parlementaires au bord de la crise de nerfs

Il avait déjà été question de ce sujet dans la sélection de la semaine dernière. Parfois, la population est en droit de se demander ce qui est le plus nocif pour la société. Sont-ce les criminels multi-récidivistes par exemple ? Ou bien sont-ce les législateurs timbrés qui votent sans cesse des lois qui ne sont plus appliquées ni financées ? Les pouvoirs législatifs et exécutifs s'en donnent à coeur joie depuis des années, et l'autorité judiciaire subit les plâtres de cette fantaisie politicienne en devant appliquer tous ces textes inutiles voire nuisibles avec des moyens toujours plus limités. Un jour, il faudra payer le prix de cette inconséquence.

Néolibéraux, néoclassiques, orthodoxes : un joyeux mélange

Toujours dans le thème "petites habitudes françaises grotesques", voici l'histoire des néo-ultra-méga-méchants libéraux. C'est une histoire bien étrange à vrai dire. Il y a des termes comme ça qui apparaissent d'un coup dans le débat public, et qui très vite sont utilisés par tout le monde sans que personne ne soit capable de définir exactement ce qu'ils recouvrent ou ce qu'ils représentent. Des mots-valises derrière lesquels les idiots inutiles se retranchent pour répandre leur pensée absconse qui va souvent à l'encontre de faits établis. Des expressions vides de sens qui sont bien souvent assimilées à des comportements négatifs afin de diaboliser à chaque fois un peu plus les amoureux de la Liberté. De l'obscurantisme en fait. Et justement, sur un tout autre sujet, en parlant d'obscurantisme et de manque de libertés !


Pour finir ce billet sur une note optimiste, un peu de musique avec Rufus Wainwright.

dimanche 31 janvier 2010

Wikilivre sur les Initiatives Éco-Citoyennes

Au cours de ma dernière année d'études supérieures qui va s'achever sur un stage de plusieurs mois (qui reste encore à trouver), de nombreux cours dits de "spécialisation" sont venus agrémenter les connaissances théoriques accumulées depuis deux en matière d'environnement et de développement durable. L'un de ces cours concernait la gestion des déchets et de l'énergie, donné par un membre du pôle Environnement du Conseil Régional du Nord-Pas de Calais.

Pour notre notation du semestre, plutôt que de nous faire passer des contrôles de connaissance banaux et inintéressants, celui-ci a décidé de nous confier un projet commun consistant à écrire un Wikilivre sur les "Engagements citoyens innovants en matière d'énergie et de déchets". Le but étant de recenser des initiatives relatives à la protection de l'environnement qui impliquent des citoyens volontaires, qu'elles soient portées par des associations ou d'autres types d'organismes.

Pour information, je me suis moi-même occupé du chapitre sur l'association japonaise Green Bird qui regroupe des citoyens se portant volontaires pour ramasser les déchets qui enlaidissent les grandes villes japonaises, et qui s'est fait connaître du grand public en France en lançant le même genre d'initiative à Paris il y a maintenant trois ans de cela.

La date limite étant maintenant dépassée, et les notes établies sûrement depuis longtemps, il est temps pour ce Wikilivre de sortir du cercle fermé des étudiants de ma promotion pour conquérir une audience plus large, et surtout de nouveaux contributeurs ! Car il a grandement besoin d'être enrichi ! Vu notre nombre limité, nous n'avons certainement pas pu repérer toutes les actions citoyennes qui mériteraient d'y figurer ! Par ailleurs, il serait fructueux que les chapitres déjà écrits soient améliorés si nécessaire...

C'est donc un appel à contributions que je lance, en espérant qu'il soit entendu le plus largement possible afin de continuer à faire vivre ce projet, même si nous ne nous en occupons plus autant qu'auparavant. Il le vaut bien.

lundi 25 janvier 2010

Sélection de la semaine - 1

Les miscellanées font leur grand retour sur mon blog, sous une forme légèrement différente, qui je l'espère vous conviendra chers lecteurs !

Impôts: une folie bien française !

La créativité française en matière fiscale est sans limites, c'est un truisme. Pour un oui ou pour un non, des impôts sont créés ou modifiés tous les ans en France, pays qui considère la spoliation comme une vertu, et la modification législative intempestive comme un signe de bonne vitalité démocratique. Affolant ce goût pour le ridicule, à croire que cela fait partie de l'identité nationale !

Rendez-nous notre nationalité !

Oui, j'ai signé cette pétition. Parce que cette odieuse sensation de "chasse" au sang étranger, au nom de la lutte contre l'immigration illégale, devient de plus en plus insupportable. À mettre en rapport avec ce qui est arrivé à Anne Sinclair, ou aux commentateurs de ce billet qui ont raconté leur propre mésaventure identitaire. Sur le même sujet, et parce qu'il paraît qu'il ne faut surtout pas tomber dans l'excès, un petit billet de Maître Eolas.

Tous les prétextes sont bons pour Ahmadinejad

Quand un régime dictatorial risque d'être renversé par son propre peuple, il cherche toujours le salut dans un ennemi extérieur afin de faire oublier les problèmes internes à sa population tout en obligeant celle-ci à le soutenir. C'est toujours ainsi que ça passe depuis l'aube de l'humanité. L'Iran n'échappe pas à la règle bien évidemment.

L'Abkhazie, le pays qui n'existe pas

Connaissez-vous les "pays des Limbes ? Ces pseudo-pays, pour la plupart microscopiques (sans vouloir faire mon occidental méprisant), qui cherchent à se faire reconnaître à tout prix par la communauté international, qui est pour sa part fort lasse des ses bouleversements géographiques.

Des hommes et des robots

Voici l'un de mes thèmes de prédilection. L'arrivée prochaine des robots humanoïdes dotés d'intelligence artificielle. Je suis pour ainsi dire complètement ahuri par la vitesse des progrès réalisés en robotique que je suis en lecteur avisé depuis quelques temps. Et je suis encore plus fasciné par le manque total de prospective des politiciens français, qui n'en parlent jamais et ne s'y intéressent en aucun cas. Alors même que les bouleversements inévitables qui vont découler de leur mise sur le marché seront gigantesques dans une multitude de domaines, en particulier sur le chômage (qui va exploser). En jouant au jeu de l'anticipation, on pourrait se demander si les fameux algorithmes de Google ne seraient pas les premières IA ?

Géo-ingénierie : science, gouvernance et incertitude

Depuis quelques années, l'Homme cherche à comprendre comment fonctionne le climat sur Terre, afin de mieux appréhender le changement en cours. Conséquence inévitable, plus on en sait sur les mécanismes climatiques, plus on se sera en mesure de les manipuler. À travers la lutte contre le réchauffement climatique, et son corolaire la lutte contre les émissions de dioxyde de carbone, une nouvelle science a donc fait son apparition : la géo-ingénierie. Petit tour d'horizon sur la question. Par ailleurs, si vous souhaitez perfectionner vos connaissances sur le climat en général, ce site pourrait vous être très utile.

Être éditorialiste sous l'ère Sarkozy ?



La huitième République des Blogs de Lille !

Elle s'est remarquablement bien passée. Plein de monde, plein de discussions intéressantes. Espérons que nous parviendrons à la maintenir à ce niveau lors des réunions suivantes, c'est là tout ce que nous pouvons lui souhaiter en ce début d'année !

mercredi 13 janvier 2010

"Le principe de précaution oblige à exagérer la menace"

"Dans notre pays, le principe de précaution a d'abord été entendu comme principe de responsabilité de l'Etat, notamment à l'occasion de l'affaire du sang contaminé. Ce principe a été réfléchi en fonction des responsabilités qu'il pourrait engager. Il est devenu à la fois un épouvantail et un principe de couverture. En faire trop semble vous protéger d'une mise en cause éventuelle. J'ajoute qu'il y a deux manières différentes d'envisager le principe de précaution : soit on considère qu'il s'agit d'un processus de délibération qui ne préjuge pas de la décision finale - en situation d'incertitudes, j'analyse tous les paramètres et j'opte pour la solution la plus adaptée ; soit j'interprète le principe de précaution en décidant qu'à partir du moment où il y a une incertitude, je suspends toute action, j'omets d'agir : c'est la logique du moratoire. Sous le label "principe de précaution", on trouve toutes les utilisations.

Le principe de précaution est toujours lié à la défense d'un système de valeurs précis. Si vous considérez que la santé n'est pas une valeur qui doit être hautement protégée, alors il n'y a pas de précaution particulière à prendre en matière sanitaire. Les choix faits par Roselyne Bachelot dans le cas du risque H1N1 supposent que la société veut se protéger au maximum, que le décès d'une seule personne devrait pouvoir être évité. Si vous vous appelez Marc Gentilini ou Bernard Debré, que vous êtes médecin, que vous voyez beaucoup de gens mourir et que vous relativisez les situations, vous ne donnez pas au principe de précaution la même interprétation. Une association écologiste qui se bat contre une société qui fabrique des OGM va surpondérer la protection de l'environnement face aux bénéfices potentiels d'un progrès technique. Nous sommes donc, en réalité, dans une bataille de valeurs.

Mais le principe de précaution est en soi-même excessif ! Il commande de donner le plus grand poids au plus petit risque. Il oblige à exagérer la menace. On ne peut pas faire le reproche à Mme Bachelot d'avoir engagé une démarche de précaution, notamment au début de la crise : les informations en provenance de l'Organisation mondiale de la santé étaient très alarmistes. Vient ensuite, logiquement, la phase de la déception. Le temps passe. On découvre que les choses ne sont pas comme on les avait imaginées. Il faut alors s'adapter. C'est ce que tente de faire, sous des critiques qui ne sont pas toujours honnêtes, Mme Bachelot.

Il faut bien voir que, dans une conjoncture de précaution, les politiques ne gèrent pas seulement le risque objectif, difficile à établir scientifiquement en raison du manque de connaissances, mais aussi le risque subjectif, créé par l'imaginaire collectif autour de la menace. La dimension de la communication, la gestion des craintes absorbent la gestion du risque "réel". Les communicateurs prennent les choses en main et les politiques sont liés.

On assiste dans cette crise au croisement de deux logiques : une logique étatique classique, vaccinale et préventive, qui suppose que tout le monde va obéir aux prescriptions d'hygiène publique. Et une logique presque postmoderne selon laquelle on ne peut pas gouverner les gens par obligation parce qu'ils décident de ce qu'ils font, en fonction de l'information qu'ils reçoivent et de leurs propres jeux de valeurs. C'est une des dialectiques du principe de précaution : il ne conforte pas la légitimité du pouvoir de l'Etat, il disperse la décision au niveau des individus.

Cette gestion de crise révèle une situation éminemment contemporaine. L'Etat est pris dans cette double obligation d'avoir à offrir tous les moyens pour la vaccination alors que les moyens seront utilisés librement par chacun. D'une certaine manière, le prix des vaccins en trop, c'est le prix de la liberté des gens ! Car s'ils voulaient se faire vacciner et que vous n'aviez pas les doses correspondantes, ils vous le feraient payer très cher."

François Ewald.

vendredi 8 janvier 2010

Égoïsme et imprévisibilité

"Mais pourquoi rappeler ces évidences ? Elles ne font que traduire en leur donnant une base scientifique nouvelle ce que savent quelques rares philosophes des sciences et scientifiques : les politiques humaines sont essentiellement égoïstes, d’une part, imprévisibles d’autre part. Il s’ensuit qu’elles ne peuvent en général faire l’objet d’un pilotage par ce que l’on nomme la conscience volontaire rationnelle, comme peuvent l’être (en général) des systèmes anthropotechnique de très petite dimension : par exemple le journaliste associé à son clavier d’ordinateur. Certes les systèmes anthropotechniques disposent, au regard des sociétés animales n’intégrant que très peu de techniques et n’ayant pas développé beaucoup de facultés cognitives, de capacités d’anticipation suffisantes pour ne pas subir tout è fait passivement les évènements du monde, mais leurs capacités d’action dite rationnelle (explicitement raisonnée) et volontariste (je décide de faire telle chose et par conséquent je la fais) restent très limitées.

Or malheureusement, cette impuissance fondamentale est ignorée par les opinions publiques, notamment en Occident. L’illusion selon laquelle l’espèce humaine dispose d’une capacité, l’esprit, qui lui permet d’aborder tous les problèmes, d’envisager toutes les solutions et finalement de mettre en œuvre toutes celles qu’il juge pour des raisons pratiques ou morales les meilleures, reste extrêmement répandue, malgré les démentis que lui inflige quotidiennement l’expérience. Il s’agit d’un héritage de la mythologie spiritualiste selon lequel l’homme, à l’image d’une entité divine située en dehors du monde, généralement nommée Dieu, est libre de faire des choix bons ou mauvais. Pour qu’il fasse de bons choix, il suffit de le convaincre que des intérêts supérieurs, moraux ou de simple survie, lui imposent d’éviter les choix contraires, qualifiés de mauvais choix. La puissance de son esprit le mettra à même de définir les bons choix et de se laisser guider par eux. La mise en œuvre de ces choix s’ensuivra d’elle-même. Quant aux technologies, n’étant que des productions de l’homme, elles seront par définition obéissantes et n’imposeront que très rarement des comportements qui ne seraient pas conformes aux objectifs définis par la raison des hommes. Cette illusion, concrètement, conduit à penser que le monde est prévisible et gouvernable par l’homme armé de son esprit. Si des erreurs se produisent, c’est parce que certains humains se sont laissés envahir par des motivations que la morale altruiste réprouve, par exemple le besoin de dominer et de détruire. Il faut donc par diverses actions de formation préventive, civique ou religieuse, redresser les esprits momentanément égarés. Sinon, une répression éclairée pourrait s’en prendre aux auteurs de dysfonctionnements et corriger leurs mauvaises conduites.

Les systèmes anthropotechniques sont tous imbibés, au niveau des cerveaux des humains qui les composent et des idées ou connaissances qu’ils produisent, de cette illusion humaniste, relative à la puissance de l’esprit humain. D’une part, ils se l’appliquent à eux-mêmes. D’autre part ils l’appliquent à leurs actions collectives. Dans les deux cas, ils sont incapables de voir leurs limites. Ils ne peuvent pas admettre qu’ils sont ingouvernables ou faiblement gouvernables, d’abord en ce qui concerne leurs propres intérêts, ensuite et à plus forte raison en ce qui concernerait la gouvernabilité d’ensemble de la planète. Même lorsque des indices sérieux résultant d’observations scientifiques répétées leur montrent que leurs comportements et décisions de fait divergent de ce qu’ils avaient prévu, ils ne sont pas capables d’en tenir compte. Ces indices ne sont pas recevables par eux car ils vont trop à l’encontre de leurs intérêts immédiats. C’est ainsi pensons nous que se manifeste le paradoxe du sapiens décrit dans notre livre : le sapiens se croit, non sans raisons, un peu plus sapiens que les autres animaux. Mais, imbriqué dans des systèmes anthropotechniques complexes, il reste impuissant à prendre les grandes décisions collectives qui sauveraient la planète des agressions qu’il lui inflige. La catastrophe est donc, plus que probablement, au bout du chemin.

Mais alors, dira-t-on, que faire ? Si l’hypothèse de l’anthropotechnique résumée ci-dessus présente quelque sérieux scientifique, ne faudrait-il pas en déduire qu’aucune action rationnelle n’est possible, au moins à grande échelle ? L’observateur enfermé dans sa petite sphère anthropotechnique ne verra que les évènements accessibles aux instruments d’observation dont dispose cette sphère. Si les faits observés induisent chez lui des réactions et régulations correctrices, celles-ci ne commanderont que les instruments d’action ou effecteurs nécessairement limités dont cette sphère anthropotechnique est équipée. L’évolution globale de la planète, que chaque système anthropotechnique contribuera à perturber et qu’aucun système ne sera capable d’observer avec l’ampleur nécessaire, se poursuivra donc sur sa pente actuelle. Or nous l’avons rappelé, cette évolution, autant que l’on puisse juger, même en se limitant aux instruments d’observation aujourd’hui disponibles, semble catastrophique."

Automates Intelligents.

lundi 4 janvier 2010

De la fraternité à la française...

«Ce faisant, il a par inadvertance soulevé une question importante sur l'identité française, vu par les étrangers. Comment est-il possible qu'une nation qui s'engage officiellement à la "Fraternité" puisse être si désagréable, désinvolte, égoïste ou simplement grossière dans ses rapports journaliers avec les autres, qu'ils soient français ou étrangers ?

Quand je suis arrivé en France il y a 13 ans, j'étais déterminé à éviter la facilité des histoires "anti-françaises" qui se trouvent, hem hem, dans certaines parties de la presse britannique. Avant de continuer, je tiens donc à rendre hommage aux nombreux aspects nobles de "l'identité française" : son art de vivre, son sens de l'humour, son amour de la pensée abstraite, la valeur que les Français placent dans l'amitié, ce qui explique en partie pourquoi les étrangers sont traités comme de la merde.

Je tiens également à souligner que la grossièreté et la méchanceté occasionnelles que les étrangers associent aux Français sont le plus souvent de la faute des Parisiens. De mon temps, en France, j'ai rencontré plusieurs exemples de bonté par hasard : le brigadier de gendarmerie qui m'a conduit pendant 10 miles jusqu'à chez moi en Normandie après que j'ai bêtement perdu mes clés de voiture, la fille du berger qui m'a conduit dans sa voiture pendant 30 miles sur les routes et les pistes alpines pour retrouver son père dans un massif près de Grenoble, une rame de métro remplie de Parisiens qui ont attendu patiemment pendant 20 minutes afin que l'ami de ma fille puisse récupérer sa chaussure sur les rails.

Dans la poursuite de l'honnêteté et de la vérité, je dois cependant signaler l'incident récent devant une station de chemins de fer français. Une amie avec une cheville cassée et sur des béquilles a besoin d'un taxi pour rentrer. Le premier taxi a refusé de la prendre avec ses trois compagnons, au motif qu'il n'a jamais pris "d'handicapés". Le second a refusé de la prendre parce que, selon lui, "les béquilles pourraient endommager ma peinture". Et pendant que mon amie marchait en boitant vers un troisième taxi, elle a entendu une femme dire à sa fille : "tu peux aller plus vite qu'elle, elle est sur des béquilles."

Ces choses ne se produisent-elles qu'en France ? Non. Quelqu'un est-il surpris d'entendre ce qui s'est passé à Paris ? Non. Mais le Président Sarkozy a raison. Il est temps pour la France de donner "un nouveau sens au beau mot de Fraternité."»

John Lichfield.

mercredi 30 décembre 2009

Censure de la taxe carbone !

Le Conseil Constitutionnel a censuré hier l'ensemble du régime relatif à la contribution carbone, c'est-à-dire : la taxe carbone. Cette mesure était devenue, au fil des exonérations diverses et variées bénéficiant à toute une clique de groupes de pression, un simple impôt supplémentaire sur les ménages. Et c'est pour cette raison qu'il faut se féliciter de cet échec.

Voici l'explication donnée par le Conseil Constitutionnel :

"L'article 7 de la loi instituait une contribution carbone. Les travaux parlementaires soulignaient que l'objectif de cette mesure est de " mettre en place des instruments permettant de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre " afin de lutter contre le réchauffement de la planète. Pour atteindre cet objectif, il a été retenu l'option " d'instituer une taxe additionnelle sur la consommation des énergies fossiles " afin que les entreprises, les ménages et les administrations soient incités à réduire leurs émissions.

Toutefois, les articles 7 et 10 de la loi instituaient des exonérations, réductions, remboursements partiels et taux spécifiques. Ainsi étaient totalement exonérées de contribution carbone les émissions des centrales thermiques produisant de l'électricité, les émissions des mille dix-huit sites industriels les plus polluants, tels que les raffineries, cimenteries, cokeries et verreries, les émissions des secteurs de l'industrie chimique utilisant de manière intensive de l'énergie, les émissions des produits destinés à un double usage, les émissions des produits énergétiques utilisés en autoconsommation d'électricité, les émissions du transport aérien et celles du transport public routier de voyageurs. En outre, étaient taxées à taux réduit les émissions dues aux activités agricoles ou de pêche, au transport routier de marchandises et au transport maritime.

Ces exemptions auraient conduit à ce que 93 % des émissions d'origine industrielle, hors carburant, soient exonérées de contribution carbone. Moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre aurait été soumise à la contribution carbone. Celle-ci aurait donc porté essentiellement sur les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l'une des sources d'émission de dioxyde de carbone. Pour les activités industrielles, ces exemptions n'étaient pas justifiées par le régime des quotas d'émission de gaz à effet de serre dans l'Union européenne, ces quotas étant attribués à titre gratuit jusqu'en 2013.

Le Conseil a jugé que, par leur importance, les régimes d'exemption institués par la loi déférée étaient contraires à l'objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créaient une rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques. Il a, par voie de conséquence, censuré l'ensemble du régime relatif à la contribution carbone."